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Désormais, les investisseurs pourront ouvrir des centres privés d’accueil pour personnes âgées. L’Etat vient d’autoriser ces derniers à investir dans le domaine de la prise en charge des personnes âgées. S’agit-il d’un nouveau business rentable? Cette décision est-elle motivée par la «surcharge» dans les centres publics de vieillesse? S’agit-il d’améliorer les prestations?

La décision vise, selon la ministre de la Solidarité, de la Condition de la femme et de la Famille, Ghania Eddalia, «à répondre aux attentes des personnes du troisième âge ne voulant pas rester à la charge de leurs familles et à celles n’ayant aucun proche en mesure d’en prendre soin». Le ministère veille, selon les responsables, à améliorer la prise en charge de cette catégorie, notamment les personnes âgées résidant dans les centres. Toutefois, le département préfère opter pour la réintégration dans le milieu familial ou dans des familles d’accueil. L’ouverture de centres d’accueil privés de personnes âgées répond également à une demande notamment dans le contexte actuel marqué par l’émergence de «familles nucléaires». Le décret exécutif fixant les conditions de création, d’organisation, de fonctionnement et de contrôle des établissements privés d’accueil pour personnes âgées vient d’être publié dans le Journal officiel. Il fixe les conditions de création de ces établissements privés d’accueil résidentiel qui ont pour mission de veiller au bien-être et à la sécurité des personnes accueillies. Selon l’article 14, ils sont chargés notamment d’accueillir les personnes âgées et de leur garantir une prise en charge psychologique, médicale et sociale, appropriée. L’Etat recommande aux responsables de ces centres de favoriser les échanges entre personnes âgées vivant en institution et personnes âgées accueillies pendant la journée afin de maintenir le lien social et de lutter contre l’isolement, la solitude et la mal-vie auxquels sont confrontées les personnes âgées. La création est soumise à un cahier des charges. Le demandeur doit jouir de ses droits civils, être âgé de 28 ans et titulaire, entre autres, d’un diplôme universitaire dans la spécialité ou d’un titre équivalent et d’une expérience professionnelle de 5 ans, dans le domaine de la prise en charge des personnes âgées. Les établissements privés doivent garantir l’accessibilité aux personnes en situation de handicap à tous les espaces et utiliser un mobilier répondant aux normes de sécurité en vigueur. Selon le cahier des charges, l’établissement privé s’engage à déclarer, dès sa constitution et annuellement, les sources et les montants de son financement au ministère chargé de la Solidarité. Il doit également afficher la liste de ses prestations et tarifs.

                                         Une approche réussie

Le directeur de la protection des personnes âgées auprès du ministère de la Solidarité, Hocine Abdelhakim, a tenu à préciser que l’objectif principal de la création des centres privés de vieillesse est de «renforcer l’amélioration de la prise en charge de la personne âgée. Elle permettra la contribution des hommes d’affaires et des investisseurs dans le secteur de la solidarité et le renforcement de l’action sociale, notamment envers cette catégorie vulnérable. Le responsable a fait savoir que le ministère de la Solidarité dispose de 31 établissements, répartis à travers 27 wilayas. Il a annoncé l’ouverture d’un nouveau centre «très prochainement à Tlemcen à l’ouest du pays». Le directeur a tenu à assurer que «toute personne âgée fragilisée et sans revenue est prise en charge par l’Etat», signalant que «les établissements privés sont destinés à une catégorie aisée, qui peut se permettre une prise en charge spéciale à l’exemple de l’hébergement dans une chambre individuelle». Toutefois, l’Etat continuera à veiller sur le bien-être des pensionnaires des centres privés et publics. Pour s’y faire, le directeur de la protection des personnes âgées a indiqué, en ce sens, qu’une convention est signée entre le pensionnaire et l’établissement et supervisée par la DAS (Direction de l’action sociale) afin d’assurer les engagements du centre privé. L’établissement garantit l’hébergement, mais également l’accueil du jour, soit en demi-pension, également assurée dans les centres publics de vieillesse. En outre, le cahier des charges exige un accompagnement médical. «Le suivi médical est obligatoire dans le contrat», a indiqué le responsable. Concernant les réticences et les contraintes exprimées, Hocine Abdelhakim a rappelé l’existence de crèches privées et d’écoles spécialisées privées également sous la tutelle du ministère de la Solidarité. «Toutefois, les établissements des femmes en détresse et l’enfance en danger ne seront pas ouverts au privé et restent à la charge de l’Etat», a-t-il assuré. Pour les séniors, l’un des objectifs principaux de la création des centres privés est de permettre un équilibre entre les établissements publics et privés, a tenu à préciser le directeur à travers la récupération de nouveaux lits, soit des places pour d’autres personnes âgées démunies. En outre, les établissements privés offrent des services payants pour des personnes âgées aisées. «L’ouverture de centres privés va créer une concurrence pour la promotion de la prise en charge, notamment à travers le recours aux expériences à l’étranger», a-t-il soutenu. Les tarifs vont prendre en compte la situation des retraités et leurs moyens financiers, a-t-il dit. Le responsable a réfuté catégoriquement que cette mesure vise à mettre fin à l’assistanat de l’Etat, assurant la détermination de l’Etat à continuer à prendre en charge les personnes âgées. «La stratégie du secteur est maintenue. Nous ne pouvons pas ouvrir des centres dans chaque wilaya. Le ministère a mis en place des dispositifs pour contrecarrer le phénomène d’abandon des parents», a-t-il dit. En effet, le département d’Eddalia a opté pour la réintégration dans le milieu familial notamment. Le directeur a affirmé que le ministère a lancé le 15 juin dernier, une campagne nationale de sensibilisation sur les personnes âgées. Jusqu’au 15 juin 2020, des SMS seront envoyés aux citoyens et des ateliers sur l’assistance des personnes âgées à domicile seront organisés. La prise en charge est une priorité du secteur, mais l’alerte sur la maltraitance est une «affaire nationale».

                             Moins de pensionnaires dans les centres

L’Algérie compte près de 5 millions de personnes âgées. Le directeur de la protection des personnes âgées au ministère, Hocine Abdelhakim, s’est félicité du recul du nombre de pensionnaires résidant dans les centres de vieillesse «grâce aux bureaux de médiation qui ont permis la réinsertion dans le milieu familial ou le placement dans une famille d’accueil». En chiffres, le nombre de résidents au mois de janvier de cette année est de 1.666 pensionnaires. En février, de 1.649 et en mars, de 1. 645. Le responsable a indiqué que les centres ont accueilli à fin décembre de l’année dernière, 1.800 pensionnaires. Abdelhakim a mis en exergue la réussite de l’approche adoptée par le ministère de la Solidarité nationale, qui repose essentiellement sur la réintégration familiale. A cet effet, 47 pensionnaires ont été placés dans leur milieu familial, en 3 mois, grâce à la médiation et 63 autres ont été orientés dans des familles d’accueil. Le responsable a mis en avant l’importance de la médiation. Depuis son lancement en 2017, elle a permis la réinsertion de 942 pensionnaires, soit 470 cas en 2017 et 472 cas l’année suivante. Les enquêtes menées par le département d’Eddalia ont relevé que la situation financière de certaines familles est à l’origine de l’abandon des personnes âgées. Le Fonds national de la solidarité nationale a lancé une enquête nationale en 2017 ayant permis, en coordination avec les cadres des DAS (Directions de l’action sociale), l’élaboration d’un fichier national des personnes âgées démunies par commune. «Sa mise en place a permis la mise en œuvre du dispositif de la prise en charge des personnes âgées à travers l’aide à domicile. Cette prise en charge totale, impliquant les soins et les services, vise essentiellement le maintien de la personne âgée dans son milieu familial», a précisé le responsable. Pour rappel, l’Algérie a adopté tous les protocoles relatifs à la protection des personnes âgées. Afin de rendre compte de ces politiques, elle a mis sur pied, en 1999, le Conseil national du bien-être et de la protection des personnes âgées (CNBEPPA). Sa mission consiste en la prise en charge de tout ce qui a trait à cette catégorie de personnes. En 2009, l’Algérie a mis en place une direction centrale au niveau du ministère chargé des personnes âgées.

Neila Benrahal