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Face aux difficultés que le café littéraire de Bejaïa éprouve à mener les activités culturelles qu’il programme, ses animateurs ont organisé, hier, devant la nouvelle bibliothèque municipale un rassemblement auquel ont participé nombre de militants culturels, des citoyens et quelques élus, pour dénoncer ces entraves à la liberté d’expression. L’Association café littéraire de Bejaïa vient, en effet, d’essuyer sans motif un refus d’autorisation d’utiliser la salle de la bibliothèque pour animer une conférence. Son président s’est défendu de se poser dans une attitude de victime dans cette action de protestation contre, explique-t-il, une décision d’interdiction occulte, puisque ni les services de sécurité ni les autorités n’en sont à la source, ajoutant, pour se démarquer de toute agitation, que «notre vocation n’est pas d’être dans la rue». Ce qu’il dénonce, c’est cette obstruction systématique à l’accès à des structures culturelles publiques, relevant au passage qu’elles restent paradoxalement fermée le week-end, mais également l’insignifiance de la subvention accordée. Kader Sadji regrette, par ailleurs, que les élus, les écrivains et artistes soient très peu impliqués dans la défense des libertés culturelles et d’expression face à ces tentatives de condamner au silence et à la disparition les quelques noyaux dynamiques qui activent encore à Bejaïa. Les représentants des cafés littéraire de Chemini, Tichy et Aokas font également le constat de ces multiples obstacles. Ce rassemblement a été également l’occasion d’attirer l’attention sur le projet inabouti de création d’un institut régional des beaux-arts à Bejaïa, que devait abriter l’immeuble restauré de l’ex-tribunal, une structure jugée indispensable pour la capitale des Hammadites qui est une véritable pépinière d’artistes mais obligés de s’adresser aux instituts d’autres villes. Le précédent wali de Bejaïa, Mohamed Hattab, avait d’ailleurs souscrit à cette idée et donné son accord. Toutefois, ce projet, inexplicablement, a été transformé par la suite en création d’une école de musique, en tant qu’annexe de celle de Bouira, qui est, d’ailleurs, elle-même une annexe. Pour   Sadji, qui invite les journalistes à enquêter, c’est une affaire qui ne cache en fait qu’un sordide jeu d’argent. Autre structure qui pose polémique, l’ancien siège de Radio Soummam, qui était à l’origine une galerie d’arts, a été transformé en maison des associations, alors qu’un projet de création de musée était sur la table et que le ministère de la Culture encourage la création de telles structures et avait alloué les montants financiers nécessaires. S’il faut ajouter à ce triste bilan la suppression du Festival des arts plastiques, qui a vécu quatre éditions, et la nanification du Festival international du théâtre, on ne peut pas dire que la culture va pour le mieux.

Ouali M.