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Deux semaines après son installation à la tête du Centre algérien de la cinématographie, Salim Aggar parle, dans cet entretien, des objectifs qu’il s’est fixés pour mener à bon terme sa mission. Le nouveau responsable réagit également aux critiques des professionnels du cinéma, ainsi que des écrivains et des journalistes, qui se sont opposés à sa nomination à la tête de la CAC.

Fraîchement installé à la tête de la cinémathèque, quels sont les objectifs que vous vous êtes assignés pour accomplir votre mission?

Cela fait à peine deux semaines depuis que j’ai été installé à la tête du Centre algérien de la cinématographie. Mon premier objectif est la relance du répertoire de la cinémathèque. Nous possédons plus d’une dizaine de salles dont certaines fonctionnent bien comme celles de Bejaïa, Tizi Ouzou, Alger, alors que d’autres sont complètement à l’agonie comme celle de Blida, Annaba ou encore Béchar ou Tiaret. Bien sûr, ces salles rencontrent beaucoup de problèmes d’ordre organisationnel et technique sachant que certaines se trouvent dans un état de délabrement comme celle de Blida. En revanche, les salles de Bejaïa, Tizi Ouzou, Oran et Alger fonctionnent normalement, malgré quelques problèmes. Par exemple, la cinémathèque d’Alger ne dispose pas de DCP qui lui permet de faire des projections de films en qualité numérique optimale. En revanche, celle de Bejaïa possède cette technologie et réalise des records de fréquentation. C’est aussi grâce à l’équipe de Bejaïa qui réalise un travail d’animation extraordinaire. Même situation pour la salle d’Oran qui est parmi les salles les plus fréquentés à l’Ouest

Avec quels moyens comptez-vous mener cette tâche?

Pour relancer les cinémathèques, il faut d’abord des animateurs de talent, des personnes qui savent organiser des projections des ciné-clubs et réaliser une programmation de qualité. Dans le passé, tout se faisait à partir d’Alger, la programmation, l’envoi des films et même parfois certaines manifestations. Il faut que les animateurs des cinémathèques des autres wilayas identifient les acteurs du cinéma de demain, les réalisateurs qui ont des projets à présenter ou encore des associations qui souhaitent organiser des projections. On doit également équiper dans les plus brefs délais la cinémathèque d’Alger d’un DCP, capable d’offrir des projections vidéo en format numérique. Nous avons également besoin de visibilité et de communication. Il n’est pas normal que la cinémathèque algérienne ne possède pas de site internet. Nous sommes en train de travailler sur ce projet. Nous avons également demandé à toutes les cinémathèques de créer des pages facebook afin d’inviter le public à assister aux événements et d’offrir une visibilité et des informations.

Vous avez été sévèrement critiqué par des artistes, des écrivains et journalistes après votre nomination à la tête de la Cinémathèque. Il vous reproche vos penchants à la censure et d’avoir piétiné l’éthique et la déontologie. Quelle est votre réaction?

C’est un groupe personnes qui ont des comptes à régler avec moi, car j’avais critiqué «cinématographiquement» leurs films dans le passé. Ce qui est aberrant est que ces personnes, qui se donnent le droit de choisir la personne appropriée pour diriger le CAC, ont présenté leurs films en avant-première dans un centre culturel étranger et parfois même évitent la cinémathèque car elle ne possède pas de DCP (Ndlr : Digital Cinema Package est l'équivalent en cinéma numérique de la copie de projection), alors que d’autres ont connu le succès grâce aux Journées cinématographiques d’Alger que j’avais organisées durant plus sept ans. C’est de la pure ingratitude et une haine gratuite qui ne sert pas le cinéma, notamment le nôtre. Certaines personnes qui ont signé la pétition ne me connaissent même pas et ignorent pourquoi ils l’ont fait. Aujourd’hui, beaucoup d’entre elles regrettent d’avoir signé cette pétition au message haineux et revanchard et m’envoient des messages de félicitations. Même le réalisateur Bachir Derrais avec qui j’ai eu un désaccord sur le film Ben M’hidi est revenu à de meilleurs sentiments et dénoncé ce lynchage. Je pense que la meilleure réponse est le travail pour que la cinémathèque retrouve son lustre d’antan, comme à l’époque d’Ahmed Hocine dans les années 1970 et Boudjemaâ Kareche dans les années 80 et 90. C’est-à-dire la deuxième cinémathèque du monde. Je tiens également à remercier tous les grands cinéastes qui ont manifesté leur soutien et qui ont refusé de cautionner cette campagne de dénigrement, à l’image de Merzak Allouache, Mohamed Lakhdar Hamina et Lyès Salem. Je tiens également à remercier Hamid Benamra qui m’a défendu sur les réseaux sociaux comme jamais quelqu’un l’a fait. Et je tiens également à remercier tous les journalistes et artistes comme Souileh, Mourad Khan et Imed Benchenni qui m’ont apporté leur soutien. Je remercie également le ministre de la Culture, Azzedine Mihoubi, et les cadres du ministère et même certains responsables qui m’ont manifesté leur soutien pour ma nouvelle mission.

Qu’en est-il de la numérisation de la filmathèque de la cinémathèque?

La numérisation des films n’a pas encore commencé. J’ai trouvé le CAC en phase de recensement des films. L’Institut national des archives français (INA) est notre partenaire et on est plutôt dans la restauration, le classement et la sauvegarde des films. La première mission, c’est de sauver les films et ensuite les restaurer et puis les numériser. Le Centre algérien de la cinématographie possède plus de 30.000 films dans tous les formats : 35mm, 16m  et 8mm et super8. Il possède également un stock important d’affiches de films algériens et étrangers. Certaines affiches sont uniques au monde. Ce qui fait de la cinémathèque algérienne l’un des plus importants musées de cinéma au monde.

Entretien réalisé par Rym Harhoura