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La communication politique a pour vocation de transmettre, lors d’une campagne électorale, des messages à même de favoriser le soutien des électeurs. Cette approche semble totalement absente chez la plupart des prétendants à la magistrature suprême. Le Pr Hasna Amina Messaïd évoque l’importance d’une stratégie de communication.

Les déclarations à l’emporte-pièce de nombreux prétendants à la magistrature suprême ont choqué plus d’un. Qu’en pensez-vous?

La communication ne s’improvise pas, mais se prépare. Nous sommes face à une faiblesse d’expertise. Il est très important d’avoir à ce stade des conseillers en communication car il s’agit d’une communication très spécifique qui entre dans un cadre électoral. Elle doit être travaillée beaucoup plus qu’une communication institutionnelle ordinaire.  Et puis comment peut-on communiquer si nous n’avons pas suffisamment d’informations sur la population ? Nous n’avons que très peu d’études statistiques sur le profil des différentes catégories sociales et leurs préférences partisanes. Dans la mesure où il est quasi impossible de pouvoir intéresser toutes les couches de la population, le candidat doit impérativement identifier sa cible électorale. C’est le point faible de tous les candidats. Dans d’autres pays, les instituts de sondage et les bureaux d’études font des études pré-électorales pour connaître les attentes des citoyens. Ces derniers sont classés par catégorie et cela facilite la rédaction des discours des candidats orientés en fonction des aspirations de l’électorat ciblé. En Algérie, les  discours demeurent généralistes et semblent peu adaptés à une communication politique.

La communication se construit-elle en fonction du programme?

En dehors des capacités personnelles à pouvoir communiquer sur son programme, le candidat à la magistrature suprême doit avoir un message. Cet aspect à besoin d’être sérieusement travaillé chez les prétendants à la haute charge car la communication se construit et ne se décline pas en fonction d’idées. On parle de stratégie de communication et non du programme. Elle doit avoir un objectif à atteindre car l’électeur est à la recherche d’originalité et de la cohérence entre le message véhiculé et le candidat. Et c’est le travail du conseiller en communication qui doit orienter le candidat dans son choix des canaux de communication,  le style à utiliser et le meilleure moment pour communiquer ou pour publier sur les réseaux sociaux. A l’étranger, au-delà des stratégies de communication choisies minutieusement, les candidats à la présidentielle procèdent même à un relooking en perspective de la campagne électorale car cela a un impact très important chez l’électorat ciblé. On a beaucoup à apprendre des expériences d’autres pays pour pouvoir améliorer notre style de communication politique censée porter valeurs et messages.

Les réseaux sociaux ont-ils un impact sur la communication des candidats? 

Les réseaux sociaux jouent un grand rôle, d’où l’importance d’étudier le profil des utilisateurs de ces espaces de partage. Faire campagne sur internet est désormais indispensable.  Autre avantage, les candidats contournent la limitation légale du temps de parole et entrent en contact direct avec les citoyens. Le candidat doit néanmoins choisir la catégorie de personnes à cibler pour pouvoir mettre au point des éléments de langage les plus appropriés. Sans cela, il est difficile de formaliser un discours qui touche. Ce travail devrait se faire en amont pour pouvoir mieux exploiter la puissance de diffusion des informations par Internet, un nouveau champ d’expression.

Entretien réalisé par A. Boucetta