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Les électeurs sont appelés aux urnes le 12 décembre prochain pour désigner le futur président de la République. Une occasion pour les Algériens de recouvrer la légitimité constitutionnelle et la consolidation de la pratique démocratique. Ce scrutin doit se tenir dans un climat apaisé au vu de la forte volonté politique manifestée par les institutions de l'Etat et le dispositif législatif mis en place. L’Autorité nationale indépendante des élections constitue à, elle seule, une garantie pour un scrutin libre avec un taux de participation massif. Et permettrait dans un futur proche de porter les revendications de la rue devant des institutions élues de manière transparente et honnête. Dans cette configuration nouvelle, l’échiquier politique demeure cependant partagé. Si beaucoup ont réaffirmé leur appui à la solution constitutionnelle électorale, une partie de la classe politique campe sur sa position et refuse d’adhérer à cette logique qui ne répond pas, selon elle, aux perspectives de la transition démocratique. Pourtant, « l’objectif principal de la création de l’Autorité nationale indépendante des élections est de garantir l’impartialité de l’administration », selon le politologue Souleymane El Aaredj. Pour lui, « ce mécanisme devrait assurer une mobilisation de la société civile en perspective du prochain scrutin et traduirait inévitablement la volonté populaire », soulignant que « la création de cette Autorité constitue une des plus importantes garanties qui viendrait conforter la transparence et l’intégrité du processus électoral ». C’est aussi, renchérit-il, « une réponse aux parties les plus sceptiques dans la mesure où nous sommes face à un revirement positif qui n’attend qu’à être valorisé et mieux apprécié de la part des citoyens à travers une large participation à la présidentielle ». Selon El Aaredj, « les autorités ont mis en place des garanties sans précédent qui sont à même d’assurer une élection transparente répondant aux normes démocratiques internationales ». Il tient, toutefois, à préciser que « la création de cette instance ne peut en aucun cas supplanter le rôle d’une institution constitutionnelle même si le dépôt des dossiers de candidature à l'élection présidentielle se fera désormais chez l’Autorité ».

« Si des petites incompatibilités sont signalées, celles-ci demeurent sommaires et n’auront aucun impacte sur l’Autorité et encore moins sur le processus électorale », explique t-il. Car l’important, dit-il, est « de préserver les institutions publiques en restant dans le cadre constitutionnel tout en veillant à consacrer la volonté populaire ». Sur les éventuelles incompatibilités de l’Autorité nationale indépendante des élections et le Conseil constitutionnel, dira Souileh Boudjemaâ Dr en science juridique que : « la création de cette instance est une première dans la législation algérienne ». Pour maître Boudjemaâ qui est également avocat à cour suprême et au Conseil de l’Etat, « l’Autorité qui devrait se substituer à l’administration viendrait parachever le rôle du Conseil constitutionnel dans l’opération d’organisation et de supervision des élections ». « Ce dispositif prendra en charge tous ceux qui étaient conférées, en terme de prérogatives, à l’administration locale et une partie à l’administration centrale dans le processus électoral », poursuit-il. « Le Conseil constitutionnel gardera, pour sa part, ses prérogatives énoncées dans la constitution et selon la législation en vigueur », fait-il savoir. Selon le juriste, « il aura la possibilité de faire, après étude, le décompte final des dossiers de candidatures validées par l’Autorité et proclamer les résultats officielles des élections ». Il reste à savoir, fait-il observer, «  si l’adoption de cette législation répond aux revendications du Hirak qui réclame l’élargissement de cette Autorité à la base pour que celle-ci puisse élire ses représentants au sein de cette instance ». Une réflexion que peine à partager le juriste Cherif Nezzar pour qui « la création d'une Autorité nationale des élections est la résultante de la conception des parties concernées par le processus électoral ». Et, poursuit-il, « confier sa présidence à une personnalité aussi crédible que le magistrat Charfi est une garantie pour l’intégrité du scrutin ». « Sa position exprimée lors de l’affaire de Sonatrach est plus que honorable », rappel t-il avant de revenir sur l’impératif d’aller vers l’élection présidentielle. «  L’Autorité devrait assurer l’impartialité de l’administration. Et puis l’Hirak restera vigilant en veillant à surveiller ses voix et la transparence de l’élection », fait-il remarquer tout en affirmant qu’ « aucun candidat n’accepterait d’être élu désormais en usant de la fraude ». « L’Algérien ne veut plus de démocratie construite sur la trahison et la fraude. Nous devons être solidaires pour faire sortir le pays de cette impasse à travers une participation massive à la présidentielle qui à même de nous emmener vers une révolution législative », conclut maître Nezzar.

Assia Boucetta