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Sur fond de contestations populaires, la classe politique reste partagée entre l’élection d’une Assemblée constituante qui sera chargée d’élaborer une nouvelle constitution et l’adhésion à l’idée de la Conférence nationale proposée par le président Bouteflika. Si pour les uns, seule la première peut modifier l’ordre établi et l’organisation des pouvoirs, pour d’autres la Conférence nationale porte en elle un projet de refonte global et suffit pour remanier la constitution. Pour ses partisans, elle est moyen d’aménager une forme d’espace politique négocié et de garantir une légitimité à ses membres. Mais, en l’absence d’un projet de société clair et applicable chez le mouvement populaire, il convient de s’interroger sur le choix des personnes chargées de l’élaboration du projet d’une nouvelle constitution. Seront-elles   capables de rassembler autour d’un même objectif et de dégager un consensus? Tout compte fait, cette phase de transition très sensible où un changement profond de l’Etat se profile, est une épreuve et pour le pouvoir et la population appelés à cautionner un changement touchant aux fondamentaux de la Constitution.

«Une Constituante peut émaner d’une conférence nationale si ses membres sont élus au suffrage universel», souligne, Ameur Rekhila, ex membre du Conseil constitutionnel et avocat agréé à la cour suprême. Par contre, « s’ils sont désignés, elle n’aura aucune force constitutionnelle », prévient-il. La Conférence telle qu’a été annoncée par les autorités est, selon lui,  une reproduction de celle organisée en 2014 avec des représentants de partis, de la société civile et du mouvement associatif. «On oublie qu’on est en face de deux parties qui sont le pouvoir et la rue », rappelle-t-il, précisant que « la Conférence ne peut, de ce fait, appartenir au pouvoir et à l’opposition, discrédités ». Solutions? « Le pouvoir doit se limiter à l’organisation de la conférence», suggère-t-il. «L’assemblée constituante devrait sortir avec une deuxième république qui fera office d’un consensus. Le changement ne peut, toutefois, pas aller jusqu’aux fondements de la société », prédit-il. Il appelle, dans ce cadre, la jeunesse à faire le distinguo entre pouvoir et système. «On peut changer le pouvoir mais pas le système d’où la difficulté d’un amendement profond de la Constitution », conclut il.

                                           FLN et MSP pour la Conférence

Selon Hamid Boucharef, juriste et membre du groupe parlementaire du FLN, la conférence nationale regroupera, «toutes les composantes politiques et sera organisée dans un avenir très proche». Elle constitue pour lui une solution dans la mesure où elle éviterait la dissolution des institutions de l’Etat et assurerait une continuité et une stabilité dans cette période de transition. Boucharef n’omet, toutefois, pas de reconnaitre que des difficultés risquent de surgir lors de la désignation des personnes qui constitueront la commission qui devra élaborer la nouvelle loi fondamentale. « Le FLN appelle  à une sélection judicieuse lors du choix de ces personnes qui devraient être crédibles et compétentes. Nous avons des docteurs en droit, des politiciens expérimentés, voir des membres du Conseil constitutionnel qui pourront participer à l’élaboration de ce projet sans passer par une assemblée constituante », insiste-t-il. L’important est de « sortir avec un projet consensuel qui pourra être soumis à un référendum».

Même son de cloche au MSP pour qui les propositions destinées à nourrir les débats de l’Assemblée Constituante pourraient bien se faire au sein de la Conférence nationale. « La façon dont les membres de l’assemblée seront désignés dépend des circonstances politiques. Des courants laïques pourraient s’accaparer du projet modifiant le texte actuel de la Constitution et la structure de l’État », craint le député Hamaïdi Zourgui Djillali. Et d’jouter: « Les revendications de la rue bien qu’elles soient légitimes sont dans certains cas presque irréelles », ajoute-t-il. «On ne peut pas changer le système tel que le réclame la rue», assène t-il. Selon lui,  la Conférence nationale, ‘une proposition du MSP à la base’, est une solution. «On ne peut, par voie de conséquence, qu’adhérer à cette initiative qui devrait s’élargir à tous les représentants des wilayas pour un débat constructif ». « le gouvernement Bedoui a pour mission de préparer les élections prochaines et la Conférence nationale qui sera chargée de l’élaboration de la nouvelle constitution », renchérit il.

                                         Pt et FFS pour une Assemblée constituante

Le FFS, comme le Pt rappellent que leur projet vise à changer radicalement le système avec l’élection d’une Assemblée Nationale Constituante et l’instauration de la 2ème République. Le Parti d’Ait Ahmed en fait un préalable pour reconquérir la souveraineté qu’il estime spoliée.

Au PT on n’en pense pas moins. «Le problème majeur soulevé par les manifestants, depuis le 22 février dernier, est la question de la souveraineté populaire et de la liberté de choisir ses représentants à tous les niveaux », soutient le porte-parole du parti, Ramdane Taâzibt. « Dans une Conférence nationale il n’y a ni mandat ni souveraineté populaire ni pouvoir constituant pour former un gouvernement. De ce fait,  elle est un espace de concertation qui ne peut en aucun cas décider de l’avenir du pays et de la nature du régime », insiste t-il. Le PT persiste et signe : « seule une assemblée constituante permettra à des millions d’algériens de s’insérer dans le processus de construction d’un nouveau système ». « Toutes les forces vives de la nation pourront prendre part à ce projet à travers la création de comités populaires regroupant toutes les catégories de la société (étudiants, travailleurs…). Ces comités éliront leurs représentants lors d’assemblées générales lesquelles soumettent, à leur tour les revendications soulevées et délèguent des représentants pour convoquer une assemblée nationale constituante souveraine», explique-t-il.

Au cours de la période transitoire, le PT recommande «la formation d’un gouvernement  technocrate  avec des compétences nationales neutres et sans ancrage partisan pour gérer les affaires courantes ». Le parti plaide à cet effet pour  «la création d’une instance indépendante qui organisera les élections depuis l’élaboration du fichier électoral jusqu’à l’annonce des résultats ».

Assia Boucetta