Imprimer

La crise financière que traverse le pays depuis 2014 intervient dans un contexte où le seul investisseur reste l’Etat, selon le professeur et expert financier, Mourad Goumiri.

«Cette situation pose un réel problème car les entreprises publiques qui devraient générer des bénéfices sont elles-mêmes en plein assainissement de leurs dettes», explique Goumiri, invité dimanche du forum de Liberté. Pour lui, les ressources ordinaires constituées à partir des impôts sur capital et les différentes taxes ne suffisent pas. Quant à la fiscalité pétrolière, elle couvre d’une manière substantielle les dépenses de l’Etat lorsque le baril du pétrole est à 90 ou 100 dollars.

«Les ressources pétrolières ont augmenté notre vulnérabilité et dépendance aux hydrocarbures, alors que l’Algérie n’est pas un pays pétrolier mais un pays gazier», soutient-il. L’expert a notamment mis l’accent sur le déficit du Trésor public que le Fonds de régulation des recettes ne peut plus couvrir. «On a puisé dans le Fonds sans prendre en considération une éventuelle chute des prix du pétrole au vu de la situation géopolitique instable et incontrôlable», a-t-il relevé.

Face à la crise, les autorités avaient le choix entre deux solutions. La première était la dévaluation du dinar. «Cela est synonyme d’échec de la politique économique», dit-il. La deuxième solution était de solliciter la Banque centrale pour prêter au Trésor public. «Cela rentre dans le cadre de la politique monétaire basique. Lorsque le Trésor est en difficulté et qu’il n’arrive pas à compenser avec la fiscalité pétrolière, il emprunte de la Banque centrale», rappelle Goumiri. «Mais jamais sous cette forme massive, soit plus de 5000 milliards de dinars», clame-t-il. «Ce taux de liquidité n’est, toutefois, pas calculé sur la base d’une contrepartie productive», prévient-il. En somme, «dans les deux cas, ce ne sont pas des solutions durables pour régler des problèmes structurels», estime-t-il Il a également évoqué le problème du gaspillage dont font l’objet certains produits, en l’occurrence le pain, l’électricité, le carburant, etc. «Il faut savoir que chaque produit a un coût économique. On aurait pu augmenter le prix de ces produits par petites doses, soit un dinar par an. Ces décisions n’ont malheureusement pas été prises au moment opportun», regrette-t-il.

Au sujet de la production nationale et des exportations, l’expert reste formel: «Les produits destinés à l’exportation ne devraient pas être fabriqués avec des matières premières subventionnées, car dans ce cas, ils n’apportent aucune plus-value. L’exemple des pâtes fabriquées avec de la farine subventionnée est édifiant». Pour lui, «il n’y a que la planification qui permet d’asseoir une stratégie économique basée sur des objectifs». Abordant les difficultés financières que traverse la Caisse nationale des retraites (CNR), Goumiri dira que «s’il était possible de gérer la CNR avec ce système au lendemain de l’Indépendance, ce n’est plus le cas aujourd’hui». «L’espérance de vie était à l’époque de 55 ans pour les femmes et de 50 ans pour les hommes. Elle est aujourd’hui de 70 ans pour les femmes et de 65 ans pour les hommes», fait-il remarquer. De l’avis de Goumiri, «le système de retraite par capitalisation ne changera rien devant l’importance du déficit. C’est un problème structurel qu’il faut prendre en charge par l’augmentation du nombre d’années à cotiser».

Assia Boucetta