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Dans cet entretien, le politologue et historien, Amar Rekhila, s’attarde sur la signification des manifestations du 11 décembre 1960.

Pourquoi les évènements du 11 décembre 1960 sont-ils si importants dans l’histoire de la guerre d’indépendance?

Ces manifestations sont très importantes car elles se sont déroulées à Alger alors que les opérations commandos ont fortement diminué suite à l’étranglement de la capitale après l’élimination de Larbi Ben M’hidi et l’arrestation ou la disparition de milliers personnes en l’espace de quatre mois, de février à juin 1957. D’autres facteurs ont contribué au recul des actions de résistance, notamment la création d’un camp de concentration à Beni Messous, le départ du comité de coordination et d’exécution (CCE) d’Alger. Il fallait que des groupes réduits descendent des localités limitrophes pour mener des actions. Ces événements interviennent aussi après l’annonce d’une visite de De Gaulle, à laquelle se sont opposés les ultras de l’Algérie française qui ont distribué, le 24 novembre, des tracts appelant à une grève générale. Le contexte politique était explosif.

Les historiens s’interrogent sur les origines de ces manifestations. Le FLN était-il derrière ou avaient-elles été spontanées?

En discutant avec des témoins, aucun n’évoque des instructions du FLN. Le mouvement est né suite à la réaction brutale de jeunes Européens et l’usage d’armes à feu. Le vendredi 9 décembre, des jeunes de Mohamed Belouizdad ont organisé une marche vers la Fac centrale après qu’un Algérien a été battu par des civils français armés. La protestation sera vite réprimée et la foule dispersée. Les participants vont alors commencer à réfléchir à une autre action en réponse à la bastonnade. Ce qu’il faut retenir des événements, c’est la participation des femmes. C’était un dimanche pluvieux et la foule commençait à grossir à El Madania, Mohamed-Belouizdad et Haï El Badr. On dénombrera la mort d’enfants.

Qu’est-ce qu’il faut faire pour transmettre cette mémoire à la nouvelle génération?

Jean-Paul Sartre disait : «Nous vivons dans l’histoire comme des poissons dans l’eau.» Il faut éviter l’exploitation politique de l’histoire par les partis politiques et l’Etat. Il nous faut des écrits sur toutes les étapes du mouvement national sans cacher les dérives. Les jeunes doivent savoir que la guerre de Libération a unifié les rangs des Algériens. Il est surtout important d’accorder une grande place à l’histoire dans le système éducatif. La production cinématographique et l’usage des NTIC dans la transmission et la protection de cette mémoire sont recommandés.

Entretien réalisé par Souhila Habib