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Depuis le dernier trimestre de l’année 1957, Alger avait retrouvé les apparences d’une ville calme. On n’enregistrait plus d’attentats à la bombe. Yacef Saâdi et ses compagnons (Habib Réda, Zohra Drif, Djamila Bouhired) qui avaient affronté la soldatesque coloniale, étaient en prison ou tombés au champ d’honneur (Arezki Louni, Ali la Pointe, Debbih Cherif). Les commandos du FLN et les réseaux de soutien ont été démantelés au prix de milliers d’arrestations, de disparitions et d’exécutions extrajudiciaires. Les souvenirs de cette période noire, notamment l’exercice de la torture qui a entaché l’honneur de l’armée française, sont remontés à la surface ces dernières années. Ceux qui ont pu échapper à l’enfer ont rejoint les maquis où un rouleau compresseur allait, deux ans plus tard, porter de terribles coups aux katibas de l’ALN. Tous les témoignages des moudjahidine parlent d’une «révolution qui fut portée à bout de bras par le courage des hommes et des femmes». C’est dans ce contexte déprimant qu’allaient survenir les événements du 11 décembre 1960. Ils sonnent comme un rappel à la réalité. La volonté des Algériens de reconquérir leur liberté restait, malgré toutes les épreuves et l’ampleur des sacrifices, intacte. C’est le sens premier des manifestations de ce grand mouvement populaire durant lesquelles des milliers de personnes venues des quartiers surplombant Belcourt ont déferlé dans la rue. La démonstration fut éclatante. Les souffrances, les exactions ne sont pas venues à bout de la volonté d’émancipation politique. En déployant l’emblème national, en scandant le nom de Ferhat Abbas alors président du gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) et en affrontant les forces de répression, les Algériens, dont de nombreuses femmes et enfants, ont relevé la tête. Les observateurs ont vite compris que l’indépendance ne pouvait se réaliser en dehors du FLN. Les slogans ne laissaient aucun doute. En dehors de la rupture avec la France, aucune solution ne pouvait être acceptée et l’idée d’une troisième force définitivement disqualifiée. En ce temps-la, De Gaulle revenu au pouvoir pesait de tout son poids sur la vie politique française. Le fondateur de la 5e République entreprend surtout ses premiers gestes en direction du FLN. Il s’est rendu compte que la solution au «problème algérien» ne pouvait être militaire. Dès septembre 1959, un nouveau concept est introduit par le Général qui parle d’autodétermination. Cette option suscite des oppositions au sein même des «Français d’Algérie». Plus tard, elles conduiront à des actions de rébellion au sein de l’armée qui refuse les choix du Général. En ce mois de décembre, De Gaulle entame un voyage qui débute à Aïn Témouchent. Il eut tout le loisir de constater l’attachement des Algériens à l’indépendance et le refus de celle-ci par les «Français d’Algérie» qui défendaient avec l’énergie du désespoir un régime dépassé. Les événements se précipitent. Un référendum sur l’autodétermination est prévu en janvier 1961. Après les manifestations de décembre, dans la rue algérienne, il n’y avait plus de doute ni sur son issue ni sur l’imminence de l’indépendance.  

Hammoudi R.