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L'homme d'affaires Kamel Chikhi alias Kamel El Boucher , a été condamné à une peine de 10 ans de prison ferme assortie d'une amende d'un million de DA . Le verdict a été prononcé Jeudi vers 14h 45mn, par le président du tribunal pénal de Sidi M'Hamed .

Cinq autres accusés ont été condamnés à une peine de 8 ans de prison ferme assortie d'une amnede d'un million de DA alors que quatres autres ont écopé d'une peine de 5 ans de prison ferme , deux accausés de 4 ans de prison ferme et un accusé condamné à 6 ans de prison ferme . Le tribunal a décisé également la saisie de l'immobilier de sept accusés .

Le Parquet du pôle judiciaire spécialisé de Sidi M’Hamed a requis mercredi des peines de prison allant de cinq ans à 10 ans ferme assorties d’une amende de 1 million de dinars contre des 12 cadres de l’urbanisme et de la conservation foncière, poursuivis pour «corruption», «abus de fonction» et «perception d’indus cadeaux» dans le cadre du procès de Kamel Chikhi alias El Boucher. A l’encontre de ce dernier le procureur de la République a également demandé une peine de 10 ans de prison assortie d’une amende de 1 million de da.

Les 12 cadres de l’urbanisme et de la Conservation foncière qui ont comparu devant le pôle judiciaire spécialisé de Sidi M’hamed (Alger) dans l’affaire de Kamel Chikhi, alias El Bouchi, ont été confrontés à des preuves irréfutables. Ils étaient tous filmés à leur insu par Kamel El Bouchi lors de la «perception d’indus cadeaux» en contrepartie des services rendus. Il s’agit de sommes d’argent en dinars et en dollars ainsi que de voyages. El Bouchi les filmait avec des commentaires à l’exemple de «Hakmatek caméra» (la caméra t’a filmé en flagrant délit) ou encore : «Vous les fonctionnaires, vous ne faites rien gratuitement» et «Il faut venir à mon bureau pour me signer les certificats». Ou encore «Voilà la parure en or pour Djaouida». Les vidéos ont été diffusées lors du procès ouvert, hier, après trois reports. C’est vers 10h52 que les 12 accusés, dont une femme, sont arrivés dans la salle d’audience du pôle judiciaire du tribunal de Sidi M’hamed. Il s’agit des chefs des services de l’urbanisme des communes de Kouba, Aïn Benian, Draria, Chéraga et Hydra, des conservateurs fonciers d’Hussein Dey et Bouzaréah, de deux contrôleurs de la Conservation foncière d’Hussein Dey, d’un fonctionnaire de la Conservation foncière de Bouzaréah et d’un architecte de la direction de l’urbanisme d’Alger, poursuivis pour «corruption», «abus de fonction» et «perception d’indus cadeaux».

Kamel Chikhi, l’accusé principal dans cette affaire, a tenté d’éviter les regards de ses proches, notamment sa mère qui s’est rapprochée du banc des accusés en levant les bras au ciel priant pour lui. Me Saïd Younsi, avocat de l’accusé principal Kamel Chikhi, a relevé à l’ouverture du procès l’absence des rapports d’expertise de l’exploitation des caméras de surveillance saisies lors des perquisitions des bureaux de Kamel Chikhi. «Les perquisitions ont été menées par la police judiciaire sans mandat du juge d’instruction» appelant à ne pas recourir aux enregistrements des caméras lors de ce procès. Le juge, Abderrazek Bensalem, a signalé que les équipements ont été saisis dans le cadre de l’enquête sur l’affaire de 701 kg de cocaïne. «Toutefois, en raison des faits à caractère pénal dans le contenu des enregistrements, le parquet a ouvert une enquête et poursuit les responsables en justice.»

Vers 11h30, le greffier a commencé par l’appel des 12 accusés et les deux témoins. L’un de ces derniers, K. Mustapha, était absent. Le magistrat a rappelé à tous les accusés qu’ils sont poursuivis pour notamment «perception d’indus cadeaux et abus de fonction». Ils ont été tous confrontés aux enregistrements des caméras de surveillance installées à l’intérieur du bureau de Kamel Chikhi. Le premier auditionné est K. Belkacem, ex-vice-président à l’APC de Kouba chargé de l’hygiène et membre de l’APW d’Alger qui a reçu 70 millions de centimes. «Je n’étais qu’un intermédiaire entre Kamel Chikhi et un entrepreneur», se défend-il. Interrogé par le juge, il dit ne pas se souvenir de l’identité de l’entrepreneur en question. «Je sais seulement qu’il s’appelle Boumediène. Je connais Kamel par ce qu’il me sollicitait pour nettoyer le terrain aux alentours des mosquées.» Le tribunal a procédé à la diffusion des séquences des enregistrements des vidéos filmés par El Bouchi avec son et images lors de la perception des sommes d’argent et autres passeports pour le pèlerinage.

L’autre accusé, A. Tahar, ingénieur, a reconnu les faits. «Oui, Kamel Chikhi m’a proposé de l’argent à plusieurs reprises.» Le juge l’interroge : combien ? L’accusé : 100 millions de centimes, 5.000 dollars et ensuite un milliard de centimes. Le magistrat lui fait savoir qu’il a perçu une somme de 2.500 dollars par la suite, avec un passeport pour le pèlerinage, selon l’enregistrement. L’accusé : «C’était une sadaka.» (charité). Les procédures étaient légales. Après le rejet de sa demande pour une extension à Saïd Hamdine, l’ancien ministre de la Santé est intervenu auprès du directeur général de l’urbanisme, le nommé Msili, pour le régulariser. Le magistrat intervient : «Mais il ne s’agit pas d’un projet dans le secteur de la santé, pourquoi le ministre de la Santé s’en mêle ?» Kamel Chikhi se contente de dire : «Je ne connais pas le ministre de la Santé. Moi, je suis pieux, je fais beaucoup de dons au nom de Dieu, aux démunis, handicapés et associations. J’ai donné des sommes d’argent en dollars pour qu’ils accomplissent le pèlerinage.» Le magistrat intervient : «Charité pour des cadres supérieurs de l’Etat ?»

                                   «Des vidéos pour la plaisanterie»

Lors de leurs auditions, ces cadres, confrontés aux enregistrements, ont reconnu qu’ils se déplaçaient au bureau de Kamel Chikhi pour régler les procédures. Ils ont plaidé vainement pour «la légalité» de leurs actes, mais le président de l’audience répétait à chaque fois : «Des fonctionnaires qui se déplacent aux domiciles des citoyens ? Le prétexte du pèlerinage ne justifie pas l’acte, c’est de la corruption.» Dans le même contexte, le procureur de la République, le magistrat Chalabi, interroge A. Djamel, contrôleur à la Conservation foncière d’Hussein Dey : «Trouvez-vous logique qu’un fonctionnaire se déplace au bureau d’un promoteur pour lui fournir des renseignements ?» Pour Kamel Chikhi, il s’agit de demandes de «consultations» et le président de l’audience s’adressa à Chikhi : «Vous êtes un super citoyen algérien, c’est l’administration qui vient vers toi.»

Les auditions des accusés ont duré plus de 6 heures sans arrêt. Kamel Chikhi a été le dernier auditionné. Quand le président de l’audience l’a interrogé sur l’objectif de l’enregistrement du contenu des caméras avec montage vidéo accompagné de commentaires hostiles aux fonctionnaires «corrompus», il a répondu : «Juste pour moi-même, pour la plaisanterie.» En niant toute intention criminelle. «Je voulais juste garder certains pour souvenir et d’autres pour me rappeler des crédits accordés à des personnes.» L’accusé dit être un bon citoyen qui construit des mosquées, plante des arbres et aide les démunis. Sur l’affaire de saisie de 701 kg de cocaïne, il s’est dit victime d’un coup monté par des gens qui sont aujourd’hui en prison.

Neïla Benrahal